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L'ATELIER DE LA COLOMBE 

Mercredi 10 octobre 2007

J’ai découvert Nicole Renard en 1990 grâce à une revue. A l’époque cela faisait déjà 15 ans qu’elle poursuivait le même ouvrage au long cours : copier avec du fil et une aiguille tout l’évangile de St Jean en lettres gothiques et l’agrémenter de superbes dessins brodés de sa création. Elle y avait déjà consacré 22.000 heures de travail sur une longueur de 80 mètres d’un rouleau de toile à peindre blanc cassé (sur 60 cm de large). A ce stade, l’évangile étant terminé, elle s’attaquait aux épitres du même auteur, avant de s’attaquer à l’Apocalypse.

Cette passion était née de sa découverte fortuite d’ornements liturgiques à l’âge de 7 ans, au cours d’un voyage avec ses parents. Saisie d’admiration devant les chasubles rutilantes, aux broderies dorées, aux arabesques légères, avec des grappes de fleurs et de fruits, et elle se dit qu’un jour elle sera brodeuse.

En fait Nicole Renard a toujours brodé, ayant appris à le faire avec sa mère dans leur appartement parisien. A partir de 17 ans, lorsque pour des raisons de santé, elle se consacra davantage aux travaux d’aiguilles. Mais sa première activité ne sera pas brodeuse professionnelle. Maman de 3 enfants, elle avait ouvert avec son mari un hôtel dans un mas provençal. Elle avait pris l’habitude de se lever à 4 h. du matin : « A cause des clients, le seul moment à moi, c’était à cette heure de la journée. J’ai pris l’habitude de broder, avant le lever du soleil, tout le service de table du mas. »

 Après 16 opérations de la hanche et un lot d’épreuves personnelles, Nicole Renard dut vendre son hôtel. Elle éprouva plus que jamais le besoin de Dieu, mais chez elle la prière s’exprimera aussi par les mains. Elle acheta de la toile à peindre en rouleau et commença les premiers versets de l’Evangile selon St Jean.

Par ailleurs, des amis qui dirigeaient un atelier de restauration de tapisseries très réputés, les Bobin (qui travaillent toujours) pour les plus grands musées et châteaux nationaux, lui proposèrent de monter une antenne de leur atelier dans le Gard où elle habitait. Elle fit donc un stage dans leur atelier de la banlieue parisienne, et la voilà lancée professionnellement dans le monde des travaux d’aiguilles. Son atelier du Gard comptera jusqu’à 17 collaboratrices. A côté de cela, à ses heures creuses, elle continuait à broder sur son projet personnel, jusqu’à 5 heures par jour.

Un tel ouvrage ne s’improvise pas. Nicole suivait toujours les trois mêmes étapes :

  1. l’écriture du texte, au feutre, à main levée, une opération qu’elle renouvelait tous les 4 ans, pendant un mois.  
  2. la broderie, lettre après lettre, en moyenne 33 lettres par jours. Pour vous donner une idée, il faut 60 points pour un simple i. Elle avait choisi l’écriture gothique simplifiée pour donner de l’élégance aux lettres qu’elle brodait avec un brin de fil vert de soie ou de coton.  
  3. les dessins qui parsèment le rouleau, tantôt pour habiller la première lettre d’un chapitre, ou pour aérer le texte. Elle s’inspirait de l’iconographie religieuse traditionnelle : sculptures de cathédrales, fresques, détails de tapisseries… Certes elle n’a jamais ménagé sa peine : un seul visage du christ lui a demandé 350 heures de travail.

L’intérêt pour elle, c’était le texte qu’elle méditait en profondeur, mettant à profit la lenteur de la  broderie. Lorsqu’elle passait plusieurs semaines sur le même récit, elle finissait par s’imaginer qu’elle avait personnellement assisté à l’événement. En parallèle, chaque dessin était lié à un moment de sa vie personnelle, qui lui revenait à l’esprit quand elle déroulait son ouvrage.

En exergue de l’évangile de St Jean, Nicole Renard avait brodé cette prière : « Pour que ton règne vienne / Et que ma main se souvienne, / Si mon cœur oublie. »

J’avais toujours gardé le souvenir de l’entreprise passionnée de Nicole Renard, et je me demandais souvent ce qu’elle était devenue. Ce n’est qu’en 2006, soit 16 ans plus tard, que j’ai à nouveau entendu parler d’elle. Entre temps, elle était venue s’installer en Vendée. Cette année-là, à 76 ans, elle luttait depuis 5 ans avec un cancer qui progressait, mais elle continuait toujours à broder les textes bibliques. Ce travail répétitif était plus jamais l’occasion de se plonger dans les épisodes et de prier. Elle avait terminé les épîtres et l’Apocalypse en projet en 1990. Elle avait aussi ajouté l’histoire de St François d’Assise et son cantique des créatures, avec des textes toujours agrémentés de ses illustrations chatoyantes.

Le travail de Nicole est l’expression même d’une œuvre gratuite, sans autre but que d’exprimer ce qui habite son cœur. Elle ne brode pas pour se faire connaître. Une fois, il y a quelques années, elle a présenté son travail dans une église de Vendée, mais faute de place, elle n’avait même pas pu l’exposer en entier. Nicole Renard a donné un sens à sa vie, à travers la passion qui l’a constamment habitée.

I discovered Nicole Renard in 1990, in a magazine. At that time, she already had been dedicated to the same task for 15 years. She had hand stitched the whole Gospel of John, and stitched her own pictures along the text. She already had spent 22.000 hours stitching on a roll of linen usually used for painting. She had stitched 80 meters long on 0,60 meter wide, with green silk or cotton thread for the gothic letters. All her own pictures were brightly coloured. She just had finished the Gospel of John and she was planning to stitch John’s epistles and the book of Revelation.

Nicole Renard had learned to stitch with her mother, when a child in Paris. When she was 7, once on holiday, she discovered gorgeous religious clothes exhibited in a church. Then she decided that she would be an embroiderer.

But that was not her first job. Married and the mother of 3 children, she opened a hostel in the south of France.  At that time, she was used to wake up at 4 AM to be able to stitch before the customers and the family were up. She then stitched all the table linen of the restaurant. She was keen to bake yummy pastries for the customers too.

Her health state became very bad (she had surgery 17 times) and the hostel was sold. Then she felt a greater need of God than ever. So she began to stitch the Gospel of John. She began to express her prayer with her stitching.

Beside this, to earn her living, she was lucky enough to be asked to work for the French greater workshop of restoring for historical tapestries (which was renovating the works of the main French museums and castles). The main workshop was settled near Paris, but Nicole Renard could open a second workshop in the south of France, where till 17 ladies were working. Beside this she was going on with her own religious project, sometimes stitching 5 hours a day.

 For her own work, she always followed the same 3 steps :  

  1. writing the text with a felt pen on the linen. She was doing that for a whole month every 4 years.  
  2. stitching the letters, an average of 33 letters per day. A plain i needed 60 stitches!  
  3. the pictures for which she found inspiration in cathedral carvings, famous paintings and icons, or simply the animals she was seeing outside. Once she needed 350 hours to achieve only the face of Jesus Christ.

When stitching, she was deeply involved in the story. Sometimes she felt as if she was a living witness of the event. Beside this most verses and pictures remind her the events of her own life.

Before beginning the Gospel of John, she had stitched : “So that your kingdom may come, and my hand may remember, even if my heart forgets.”

I never forgot what I learned about Nicole Renard in 1990 and I always wondered what happened with her later on. Only in 2006, 16 years later, I got more news of her. She had moved to an other area of France. She was 76 years old then, having been fighting with a developing cancer for more than 5 years. Yet she always was going on stitching Bible texts. She had finished the epistles and the book of Revelation. She also had stitched Francis of Assisi’s life and his hymn of the creatures.

Nicole’s purpose always was very private. She didn’t try to be known. Only once, a few years ago, she exhibited her work in a church, but the building was not large enough for all her stitching! Through her stitching, Nicole gave a meaning to her life and fuel to her prayer life.

Par Renée - Publié dans : La Bible en points de croix / The Bible in cross s
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